Outsider Art Fair
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Frank Walter

Antigua (1926-2009)

L'héritage artistique de la nation insulaire d'Antigua a pris une ampleur considérable avec l'émergence récente d'un enfant du pays, Frank Walter – artiste reclus, écrivain, philosophe et poète. Le décès de Walter en 2009 a permis de mettre au jour un remarquable trésor de peintures, de sculptures, de photographies et de constructions, ainsi que plus de 25 000 pages de son écriture, qui révèlent un talent et une intelligence n'ayant pas toujours été appréciés ou compris à leur juste valeur de son vivant. Walter avait choisi de vivre isolé sur une colline, dans une maison qu'il avait lui-même construite, sans eau ni électricité. Lors de son décès, sa famille a précieusement noté et conservé quelque 1 500 objets retrouvés dans sa maison. Ces œuvres, dont la plupart sont accessibles au public pour la première fois, constituent une panoplie de formes et d'images d'une beauté stupéfiante qui donnent à Antigua une place de choix au sein de la culture mondiale.

L'art de Frank Walter était, comme sa vie, faussement simple, plein de vérités sans fioritures et de contradictions complexes. C'était un fin observateur de l'humanité même s'il a passé une grande partie de sa vie en solitaire. Il était à la fois un peintre d'affiches et un visionnaire abstrait; un modeste photographe dont les photos passeport constituaient aussi de délicats portraits; un collectionneur de rebuts abandonnés, déchirés et froissés, sur lesquels il pouvait peindre un lever de soleil.

Walter travaillait le plus souvent avec des matériaux trouvés sur lesquels il aimait peindre de remarquables paysages mais aussi des visions très élaborées de l'univers et des réflexions cryptées sur l'énergie nucléaire. Chaque œuvre révèle une conscience raffinée de l'abstraction et des formes, ainsi qu'une sensibilité formelle rappelant les grands maîtres du 20e siècle. Les figures jouaient aussi un rôle important dans son œuvre, peut-être de façon plus saisissante dans ses sculptures sur bois que peu de personnes ont pu admirer outre sa famille. Ses portraits intimes et très expressifs sont imprégnés d'un mystérieux esprit qui a tenu compagnie à Walter pendant toutes ses années de solitude. Des affiches pleines de fantaisie et des jouets novateurs et astucieux témoignent de la créativité indomptable de l'artiste.

Mais toute discussion sur l'art de Walter doit commencer et finir par ses sublimes paysages peints sur un papier épais, en fait le côté vierge d'une boîte de Polaroid. L'œuvre est ensuite modestement encadrée à l'intérieur de la cartouche Polaroid en métal noir qui lui va bien sûr comme un gant. C'est là que battent le cœur et l'âme d'Antigua, sur une feuille de 4 x 3 pouces avec des couleurs éclatantes, une relation dans l'espace nuancée et une technique naturelle.

D'autres peintures de plus grand format sont réalisées au verso de ses propres photographies ou de celles qu'il avait récupérées de son ancien collègue d'atelier, un photographe de Reuters. Si les paysages de Polaroid constituent son carnet de route, ses notes prises en chemin, les œuvres d'un format de 8 x 10 pouces sont les produits finis en "atelier", ses compositions totalement achevées qui étaient destinées à une grande exposition qui n'a pas eu lieu.

 Dans un poignant revirement du destin, Walter a été choisi pour représenter Antigua-et-Barbuda à la Biennale 2017 de Venise, sa première participation à un événement international.

-Thomas B. Parker

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