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Louis Soutter

Suisse, XIXe et XXe siècles.
Né 1871, à Morges, Suisse; mort 1942, à Ballaigues, Suisse.


Cousin du célèbre architecte Le Corbusier, Louis Soutter est l'auteur d'œuvres picturales variées et techniquement sophistiquées. Il est surtout connu pour ses dessins et peintures sur papier ou carton.

A Morges, localité sise dans une région francophone du sud de la Suisse, le père de Soutter est pharmacien et sa mère enseigne le chant dans une école de musique. Dans une famille où la musique joue un rôle important, Soutter apprend à jouer du violon.

Il commence des études d'ingénieur à l'université avant de se tourner vers l'architecture. En 1892, il s'installe à Bruxelles où il devient l'élève du violoniste Eugène Ysaye. A cette époque, l'art nouveau et le symbolisme influencent fortement le design, les arts visuels, la littérature et le théâtre en Europe. C'est dans un tel climat que Soutter étudie dans la capitale belge. Il y fait la rencontre d'une étudiante américaine d'Ysaye, Madge Fursman, qu'il épouse. Après avoir séjourné en Suisse puis à Paris (où Soutter suit à chaque fois des cours d'art), le jeune couple part pour les États-Unis. En 1897, le couple s'installe dans la ville natale de la mariée à Colorado Springs.  

Soutter donne des leçons de violons et de dessins et finit par prendre la tête du département des beaux-arts du Colorado College. Il est connu pour emmener ses élèves examiner les étranges formations rocheuses dans le Jardin des dieux (Garden of the Gods). Louis et Madge divorcent en 1903. Des années plus tard, Soutter dira de Madge qu'elle avait été une épouse exigeante l'ayant rendu souvent dépressif.

De retour en Suisse, Soutter emménage dans la maison familiale et travaille comme musicien dans un orchestre ou accompagnateur lors de la projection de films muets. Mais ses manières excentriques et vagabondes, ses penchants de dandy pour les vêtements dispendieux et m'as-tu-vu, pèsent lourd sur sa famille. En 1923, il est placé contre son gré dans un foyer des Montagnes du Jura par les autorités municipales de Morges. C'est là qu'il commence à créer l'œuvre pour lequel il est connu aujourd'hui.

Confiné dans une maison de retraite alors qu'il est âgé seulement d'une cinquantaine d'années, Soutter abandonne l'art académique qu'il l'avait jusqu'alors caractérisé et commence à dessiner à l'encre et au crayon sur des enveloppes usagées, des bouts de papier d'emballage et des cahiers d'écolier. Il dépeint des visages grotesques et des groupes de personnages dans des compositions denses, des arbres avec des taillis hachurés et d'autres images maniérées. Son cousin, Le Corbusier, et d'autres artistes et écrivains célèbres ont vent de ses créations. Ils lui fournissent du papier et de l'encre de qualité et tentent de faire la publicité de son travail. Se sentant plus isolé au fil des ans, Soutter mange peu et vit de façon très austère. Il devient maigre et faible. Souffrant d'arthrite, il commence à dessiner en utilisant ses doigts qu'il trempe directement dans l'encre ou dans la gouache afin de réaliser des images semi-abstraites d'apparence primitive, des figures parfois tourmentées rappelant les peintures préhistoriques.

Strictement parlant, Soutter n'est pas un artiste autodidacte au sens où l'entend Jean Dubuffet dans sa définition du genre, celle d'un artiste vivant et/ou créant en dehors des courants et réseaux socio-culturels. Néanmoins, selon Michel Thévoz, ancien directeur de la Collection de l'Art Brut à Lausanne, même si Soutter «n'a pas échappé» à l'influence de courants artistiques dominants, sa «relation à la tradition» et le «contexte artistique» de son travail peuvent être considérés comme «indéniablement plus lâches que [ceux] de tout autre artiste socialement intégré». Les compositions hallucinées de Soutter ont aujourd'hui des affinités avec des courants de l'art moderne tels que l'expressionnisme abstrait, les expériences américaines dans le surréalisme de la psyché humaine qui ont précédé ce mouvement expressionniste dans les années 1940 et 1950, et les peintures dites néo-expressionnistes des années 1980, où les artistes combinent des éléments abstraits et figuratifs dans des compositions chargées de références psychologiques.

- Edward M. Gómez


Expositions individuelles sélectionnées

2012, Les primitifs sont petits: Cahiers de Louis Soutter, 1923-1930, Musée Fenaille, Rodez (France)

2012, Louis Soutter: Le tremblement de la modernité, La Maison Rouge/Fondation Antoine de Galbert, Paris

2012, Louis Soutter: Drawings, Fondation Le Corbusier, Paris

2003, Louis Soutter et les modernes, Kunstmuseum Basel, Basel

1961, Louis Soutter: Témoignages de René Auberjonois et de Le Corbusier, Musée Cantonnal des Beaux-Arts, Lausanne

Expositions collectives sélectionnées


2006, Inner Worlds Outside, exposition itinérante, Sala de Exposiciones de la Fundacíon "La Caixa," Madrid; WhiteChapel Gallery, Londres; Irish Museum of Modern Art, Dublin

2005, Dubuffet & Art Brut, exposition itinérante, Museum Kunst Palast, Düsseldorf; Collection de l'Art Brut, Lausanne; Musée d'art moderne Lille Métropole, Villeneuve d'Ascq

1992, Parallel Visions: Modern Artists and Outsider Art, Los Angeles County Museum of Art, Los Angeles

Collections sélectionnées

Musée Cantonnal des Beaux-Arts, Lausanne
Museum of Modern Art, New York
Collection abcd, Montreuil

Bibliographie sélective

Berger, René, et Ernest Manganel, Louis Soutter: Témoignages de René Auberjonois et de Le Corbusier, catalogue d'exposition, Musée Cantonnal des Beaux-Arts, Lausanne, 1961.

Borgeaud, Julie, Louis Soutter: Le tremblement de la modernité, catalogue d'exposition, Éditions Fage, Lyon, 2012.

Cendo, Nicolas, Michel Thévoz, et al., L'art commence ou finit la vie, Presses Universitaires de France, Paris, 1987.

Dubuffet & Art Brut, 
catalogue d'exposition, 5 Continents Editions & Museum Kunst Palast, Düsseldorf, 2005.

Fischer, Hartwig, Lucienne Peiry, Michel Thévoz, et al., Louis Soutter, 1871-1942, Hatje Cantz Verlag, Ostilfern (Allemagne), 2002.

Inner Worlds Outside
, catalogue d'exposition, Fundacíon "La Caixa," WhiteChapel Gallery, Irish Museum of Modern Art & Ediciones El Viso, Madrid, 2006.

Le Corbusier, "Louis Soutter [sic], l'inconnu de la soixantaine," Minotaure 3, No. 9, 1936.

Les primitifs sont petits: Cahiers de Louis Soutter, 1923-1930, catalogue d'exposition, Musée Fenaille & Éditions LIENART, Montreuil-sous-Bois (France), 2012.

Thévoz, Michel, Louis Soutter ou l'écriture du désir, Éditions l'Âge d'homme & Institut suisse pour l'étude de l'art, Lausanne & Zürich, 1974.

Thévoz, Michel, Louis Soutter, Editions Rencontre, Lausanne, 1970.

Tuchman, Maurice and Carol S. Eliel, eds., Parallel Visions: Modern Artists and Outsider Art, Los Angeles County Museum of Art, Los Angeles, 1992.

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