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Aaron Birnbaum

Américain, XXe siècle.
Né 1895, à Skole, Ukraine; mort 1998, à Brooklyn, New York.


Aaron Birnbaum naît en 1895 dans la petite ville de Skole, qui faisait alors partie de l'Empire autrichien. Comme nombre de Juifs de cette région pauvre de Galicie en proie à des  manifestations sporadiques d'antisémitisme, son père Josef part chercher fortune aux États-Unis. Resté à Skole, Aaron est embauché à l'âge de 13 ans chez un tailleur où il travaille 17 heures par jour, six jours par semaine. Alors que la première guerre mondiale se profile à l'horizon, la famille Birnbaum décide en 1913 de rejoindre Josef qui s'est installé à New York.

New York est alors une terre pleine d'opportunités pour tous ceux qui fuient l'Europe en guerre. A l'arrivée de sa famille, Josef achète à Brooklyn une maison attenante à un magasin où il installe un atelier de tailleur. Aaron y travaille avec son père et le reste de la famille. Il s'inscrit en 1918 dans une école de design et ouvre son propre magasin de vêtements, suivi d'une entreprise spécialisée dans le design et la fabrication de robes et de vêtements féminins de sport. L'entreprise prospère et finit par compter une trentaine d'employés avant d'être vendue en 1957 au moment de la retraite d'Aaron.

Comme tous ceux qui ont vécu pour leur travail, Birnbaum se sent désemparé par cette soudaine oisiveté. «J'étais seul à la maison et ne savais pas quoi faire. J'avais fréquenté une école de design et savais comment dessiner, alors je me suis dit que j'allais commencé à peindre. J'ai acheté des pinceaux, de la peinture, et tout le matériel. Et j'ai commencé à peindre mes premières images. Je me disais que j'allais tout jeter après avoir fini». Mais la fille de Birnbaum, Lorraine, tombe sous le charme des premiers essais de son père et bientôt tout la famille réclame ses œuvres.

Dans le cadre de son travail, Birnbaum dessinait non seulement des vêtements, mais faisait également des modèles en carton qui servaient à découper les pièces complexes de certains vêtements. Il reprend en peinture cette technique issue de l'industrie textile. «Dans le design, il faut mettre un peu d'assaisonnement. Dans une peinture, c'est la même chose. Une peinture est là pour embellir. Il faut y mettre un peu de sel et de poivre pour que les gens l'apprécient». Birnbaum commence à découper des modèles en carton des images qu'il souhaite reproduire dans ses tableaux, par exemple des maisons, des animaux, des oiseaux. L'utilisation de ces modèles contribue à renforcer la qualité graphique de ses peintures. Étant donné la frugalité et nature idiosyncratique de Birnbaum, la plupart de ses œuvres ont été réalisées sur des panneaux récupérés, tels que des restes d'isorel ou de contreplaqué, ou sur des surfaces plus éclectiques telles que des plateaux de service en bois et le verso de planches de jeux. Il travaille au début avec de la peinture à l'huile avant de se tourner peu à peu vers l'acrylique auquel il ajoute une couche finale de vernis commercial. Selon la sous-couche et le vernis utilisé, les peintures prennent soit une apparence brillante et glacée, soit un côté vieillot que l'artiste préfère souvent. Il encadrait ses peintures dans des cadres récupérés – de la simple latte de bois aux excès baroques – ce qui donnait selon lui à son travail une qualité de «finition».

Birnbaum se réfère à ses peintures aux couleurs vives comme à des « images souvenirs » parce qu'elles ne sont jamais peintes à partir de choses observées, mais à partir d'expériences vécues dans son enfance en Europe ou dans sa vie d'adulte à New York. Les peintures de ses souvenirs de jeunesse sont généralement plus romantiques et se rangent dans la catégorie contemporaine de «l'art populaire». Ces scènes idylliques du quotidien d'une petite ville, ces fermes, forêts et lacs, sont très  colorés et n'ont pas la «sophistication» des règles de la perspective. Les œuvres qui représentent sa vie adulte sont souvent plus complexes, combinant des détails d'expériences vécues avec des informations visuelles obtenues à partir de sources graphiques contemporaines telles que des photographies dans les magazines et les journaux. Ces travaux ont fait connaître Birnbaum comme un artiste «outsider», une étiquette réductrice qui divise de façon simpliste l'art de la «haute culture» (créé et promu par la critique et les institutions universitaires) et le monde de l'expression sans contrainte. Récemment, toutefois, des établissements artistiques (y compris des musées comme celui-ci) en sont venus à soutenir ce que des artistes comme Paul Gauguin et Jean Dubuffet réclamaient, que l'art des autodidactes ne soit pas séparé par sa beauté formelle ou vérité émotionnelle et intellectuelle de celui des artistes de la «haute culture». L'appréciation de l'art brut est souvent renforcée par l'histoire de son auteur et certainement la vie de Birnbaum est captivante. Mais la signification ultime de l'histoire de l'artiste se trouve dans les tableaux eux-mêmes. Birnbaum a une habileté incroyable en tant que peintre et celle-ci transcende toute étiquette ou catégorie artistique.

En 1995, Birnbaum célébrait le centenaire de sa naissance avec une exposition au Museum of American Folk Art. Son travail a fait récemment partie de l'exposition Flying Free, 20th Century Self-Taught Art from the Collection of Ellin and Baron Gordon (Voler en liberté, l'Art autodidacte du 20ième siècle dans la Collection d'Ellin et Baron Gordon) organisée à l'Abby Aldrich Rockefeller Folk Art Center (Williamsburg, Virginie). L'intérêt suscité par ses œuvres n'a pas affecté sa nature spontanée et sans complexe. «La plupart de mes peintures ont été faites de mémoire», a commenté l'artiste. «Je viens d'une petite ville et tous les quelques mois nous avons un arc-en-ciel que je me remémore. Je ne pourrai jamais l'oublier». A l'âge de 102 ans, Birnbaum trouvait encore du ravissement dans la simple observation des choses, intégrant ses idées dans des œuvres optimistes pleines d'esprit, d'authenticité et d'humour.

- Biographie offerte par KS Art, New York


Expositions sélectionnées

2010, The Museum of Everything, Pinacoteca Giovanni e Marella Agnelli, Turin

1997, Aaron Birnbaum: Paintings 1960 - 1996, Aldrich Museum of Contemporary Art, Ridgefield (Connecticut)

Collections sélectionnées

Museum of Everything, Londres

Bibliographie sélective

The Museum of Everything, catalogue d'exposition, Electa & Pinacoteca Giovanni e Marella Agnelli, Turin, 2010.

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